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  • Yoann Favre

Déculpabiliser pour mieux régner

Dernière mise à jour : 28 juil. 2021

Que cela soit sur les réseaux sociaux, dans les médias ou au sein d’une discussion, les messages en faveur de l’environnement tendent trop souvent à placer les cibles (personnes, groupes de personnes, institutions, etc.) en position de coupables désigné⋅e⋅s. Or, bien que l’objectif premier des militant⋅e⋅s pour le climat est la persuasion, de nombreuses théories et recherches en science du comportement révèlent les limites de ce type d’approche. En effet, le recours à une vision dualiste selon laquelle il existe des « bons » et des « mauvais » comportements implique une culpabilisation (pointer la faute) et une stigmatisation (désigner quelqu’un comme déviant).

Face aux dégradations de l’environnement, divers sentiments tels que la peur, la colère ou la tristesse s’avèrent constituer de puissants moteurs pour la mise en place comportements durables, alors que la culpabilité quant à elle s’accompagne souvent d’un sentiment d’impuissance peu propice à l’action. Qui ne s’est jamais dit un jour « Ouais mais bon, c’est pas ma petite personne qui va sauver la planète… » en jetant une bouteille en PET dans la mauvaise poubelle ? Alors que lorsqu’on a la conviction qu’une multitude de gestes individuels additionnés peuvent avoir un effet bénéfique, ceux-ci sont bien plus faciles à mettre en place. C’est ce que l’on appelle le locus de contrôle, ou agentisme, « la tendance que les individus ont à considérer que les événements qui les affectent sont le résultat de leurs actions ou, au contraire, qu’ils sont le fait de facteurs externes sur lesquels ils n’ont que peu d’influence, par exemple la chance, le hasard, les autres, les institutions ou l’État » (Larose et al., 2002).

L’éducation s’avère alors être une arme bien plus puissante que la culpabilisation mais attention à la forme ! Éduquer sans stigmatiser c’est co-construire, c’est inclure la cible dans le débat sans rejeter ses arguments, c’est provoquer un sentiment d’inclusion permettant aux non convaincu⋅e⋅s de se créer un espace et de s’approprier le sujet, c’est prendre par la main au lieu de rejeter, c’est faire l’effort de comprendre un autre point de vue, un autre cadre de référence. Parlons-en de ce cadre : s’il est facile de critiquer tou⋅te⋅s ces boomer⋅euse⋅s qui prennent leur joli 4×4 pour aller faire leurs courses, il est bien plus difficile (ou moins automatique) de se demander pourquoi ? La psychologie sociale appelle ce principe l’erreur fondamentale d’attribution : attribuer le comportement de quelqu’un à ses dispositions personnelles (« boomer sans conscience ») en oubliant le rôle du contexte (« ce⋅cette boomer⋅euse habite à la campagne et n’a, ou ne croit pas avoir d’autre choix). Parfois le rôle du contexte est moins évident, par exemple l’éducation ou les valeurs qui conduisent quelqu’un à se comporter d’une certaine manière, mais ce n’est qu’en essayant de comprendre ce cadre, d’essayer d’adopter un autre point de vue qu’un moteur de changement peut se mettre en place.

Culpabiliser les comportements néfastes à l’environnement → stigmatisation → sentiment d’impuissance ≠ Action

Inclusion dans le débat →Reconnaissance → sentiment d’avoir un impact → Action

Alors oui, le climatosceptisme en 2021 ça suffit, devoir encore apprendre à certain⋅e⋅s que la planète va mal c’est fatiguant, mais céder à cette fatigue par la critique et le mépris de ceux⋅celles qui tardent à ouvrir les yeux n’est pas une solution, du moins pas tant que ces dernier⋅ère⋅s seront encore majoritaires…

(S’applique à d’autres problématiques sociales)

Larose, F., Terrisse, B., & Grenon, V. (2000). L’évaluation des facteurs de risque et de protection chez les enfants de maternelle et de premier cycle de l’enseignement primaire: l’échelle des compétences éducatives parentales (ECEP). La revue internationale de l’éducation familiale; recherche et interventions, 4(2), 103-127.



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