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  • Julien Croisier

It’s not rocket science (fortunately)

Les aventures de Renalinges (1/3)

« Je voudrais bien, tsoin, tsoin, tsoin, mais je peux point tsoin tsoin tsoin ». La référence à Annie Cordy n’ira pas plus loin, mais cet article en avait rudement besoin. Dans notre activité, nous observons tous les jours la complexité des comportements humains. Des projets de durabilité exceptionnels voient le jour, tous les jours, mais ne fonctionnent pas toujours et on se demande alors pourquoi.

En préparant un workshop destiné aux étudiant·e·s de l’EPFL dans le cadre de la Climate and Sustainability Action Week (pour plus d’infos, cliquez ici : https://www.epfl.ch/education/educational-initiatives/fr/discovery-learning-program-2/csaw/) nous avons eu l’occasion de tenter de répondre à cette question.

Bien sûr, nous avions déjà notre solution, les sciences comportementales comme fantastique apport à l’édifice, permettant d’augmenter l’adhésion aux projets, de faire adopter des comportements durables en levant les barrières et mobilisant les leviers. Une approche positive de la durabilité en « chaque gramme de CO2 non émis est un gramme de gagné », autorisant les erreurs et cherchant en commençant petit, à finir grand en induisant des cercles vertueux.


Très bien.


Mais aucune solution ou discipline ne fonctionne en vase clos. Particulièrement pour un problème aussi complexe que la durabilité, il ne suffit pas de dire pour faire. Prenons la mobilité. Les véhicules individuels c’est mal, avec un moteur à combustion c’est encore pire. Alors on y va, on pousse les gens à ne plus prendre la voiture, on culpabilise (un peu), on dessine des solutions de mobilité alternative (beaucoup). On se réunit, on planifie, on fait des projets et contre-projets, on consulte un petit coup les habitant·e·s (ou du moins, ceux et celles déjà intéressées par la durabilité parce que les autres ne viennent pas aux réunions – à part Monsieur G., qui a de toute façon toujours quelque chose à redire.), et roulez jeunesse. On offre des solutions qui semblent adaptées mais une fois celles-ci en route… leur utilisation est insuffisante. Et maintenant, on fait quoi ?

On encourage les habitant·e·s par diverses méthodes, même peut-être un peu de sciences comportementales. Les chiffres s’améliorent, les gens s’habituent, mais ce n’est toujours pas suffisant. Le projet s’essouffle et retour à la case départ. Monsieur G. - qui lui n’aime de toute façon pas le changement – jubile.

Alors qu’a-t-on loupé ?


Well, it’s not rocket science.


C’est pas la science des fusées, pardi ! En d’autres termes moins familiers, la durabilité n’est pas une science exacte. Elle demande une attention constante, des essais, et parfois des erreurs. Il s’agit bien aujourd’hui d’un changement de paradigme comme nous aimons le dire en tant que psychologues dans l’histoire de notre science. Chaque projet doit se créer dans cette optique et chaque discipline peut apporter sa pierre à l’édifice. Comme tout cela paraît sans doute très joli mais un peu vide, nous avons choisi pour les étudiant·e·s de l’EPFL une approche en Macro-Meso-Micro dans laquelle les sciences du comportement peuvent, ou non, intervenir, comme d’ailleurs les autres disciplines.

https://www.researchgate.net/figure/Overview-macro-meso-and-micro-level_fig2_334664085


Il existe bien sûr d’autres modèles, mais celui-ci a l’avantage d’englober un nombre considérable de facteurs et de rester simple. Reprenons maintenant notre problème de mobilité, la question est la suivante :


Comment pousser les habitant·e·s de la commune de Renalinges, située en périphérie de la ville de Gesanne à adopter des modes de transports alternatifs aux véhicules individuels ?


Chaque partie prenante du projet peut alors effectuer sa propre analyse afin de comprendre ses modes d’action possible. L’idéal est alors de travailler directement ensemble pour faire circuler les idées mais aussi les limites dans la réalisation du projet.


Au niveau macro, on peut alors se demander quels sont les facteurs politiques, économiques et sociaux à prendre compte ? Dans quel environnement se situe-t-on ? Des solutions existent-elles déjà ? Quelles sont les limites existantes ? Comment les faire bouger ou doit-on les faire bouger ?

Le niveau meso considère quant à lui des groupes de personnes concernées par le projet. Quels habitant·e·s ? Quelles entreprises/collectivités publiques ? Des associations existent-elles déjà ? Mais surtout, quels sont les besoins et possibilités d’agir de ces divers groupes ?

Finalement, au niveau micro, que font déjà les personnes concernées ? Que seraient-elles prêtes à faire ? Qui sont-elles ? Quels sont leurs comportements et comment les changer ?


En prenant le problème sous ces différents aspects, on le comprend mieux. Et on peut alors implémenter des solutions adaptées.


Bien entendu, répondre à ces questions n’est pas une garantie, mais cette approche permet au moins de prendre en compte des avis variés et permet à chacun·e d’apporter son expertise en fonction de la problématique et du niveau auquel celui-ci est étudié. Nous reviendrons avec un prochain article pour exposer la solution des sciences du comportement aux problèmes de Renalinges. En attendant, pourquoi ne pas réfléchir à vos propres solutions ? La ville étant fictive, on peut tout imaginer !

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