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Rétrospective - Série "Les étranges expériences"

Le problème de la « maladie asiatique » Kahneman et Tversky, 1982 (tout lien avec les événements actuels n’est alors que hasard et non une référence de mauvais goût)

Imaginez (oui imaginez) qu’une maladie inhabituelle fasse son apparition en Suisse et devrait tuer 600 personnes. Pour la combattre, deux programmes :

  • Programme A : 200 personnes seront sauvées ;

  • - Programme B : Une chance sur trois que les 600 personnes soient sauvées (et par conséquent deux chances sur trois que personne ne survive.

Que feriez-vous ? C’est ce que se sont demandé les auteur×e×s de la Prospect Theory selon laquelle tout choix repose sur l’attrait du gain et la minimisation des pertes. Vous l’aurez peut-être alors deviné, le choix majoritaire des participant×e×s à cette étude (N=152) est de sauver certainement 200 personnes. Ce résultat témoigne alors d’une tendance humaine : l’aversion du risque.


La même question a alors été posée à un deuxième groupe (N = 155) avec une formulation différente :

  • Programme C : 400 personnes mourront ;

  • Programme D : Une chance sur trois que personne ne meurt (et par conséquent deux chances sur trois que 600 personnes meurent).

Le choix majoritaire est dans ce cas la prise de risque : la mort certaine de 400 personnes devient alors moins acceptable que deux chances dur trois que tout le monde meurt.

Que tirer de cela ? Les choix qui engagent des gains font souvent appel à l’aversion du risque, alors que les choix qui engagent des pertes appellent quant à eux à la prise de risque.

L’humain, un être rationnel ?

Pour aller plus loin : Tversky, A., & Kahneman, D. (1981). The framing of decisions and the psychology of choice. science, 211(4481), 453-458.

L’effet Lucifer - L’expérience des prisons de Stanford

Zimbardo et al., 1971

Un après-midi d'août 1971, 9 étudiants ont été arrêtés par la police à Palo Alto, en Californie. Après avoir suivi les procédures d'arrestation standard (déclaration des droits, prise des empreintes digitales et identification complète), ces délinquants ont ensuite été placés dans des cellules de détention, les yeux bandés, avant d'être emmenés à la prison de Stanford pour y être incarcérés.

Chacun de ces délinquants est déshabillé et se voit attribuer un numéro, une tenue, une chaîne attachée à ses chevilles et un bonnet fait de bas. À ce stade, vous vous demandez peut-être ce que ces personnes ont fait pour mériter la prison et un tel procédé de déshumanisation et de désindividuation. Leur crime n'en est en fait pas un, ils ont simplement répondu à une annonce invitant des étudiants à participer à une étude sur la psychologie des prisons, et ils ont été tirés au sort pour rejoindre la moitié qui jouerait les incarcérés. Les 9 autres étudiants jouant le rôle des gardiens n'ont pas reçu d'instructions particulières, simplement certaines limites en termes de sécurité et des objectifs concernant l'ordre qui doit régner dans la prison.

L'expérience qui aurait dû durer une quinzaine de jours fut interrompue après seulement 6.

La première réaction des détenus qui ne s'identifiaient alors pas encore à l'identité de prisonnier fut différentes formes de rébellion, ils proférèrent des insultes et des moqueries et ignorèrent les ordres de la première équipe de garde. En réaction, les équipes de gardes augmentèrent leur nombre en réduisant l’équipe qui était censé être au repos, ils utilisèrent un extincteur pour faire reculer les prisonniers dans leur cellule, puis leur ont infligés l’humiliation de les mettre à nu et de leur enlever leur lit. Pour donner suite à cela, plusieurs mesures d’harcèlement, d’humiliation, un système de privilège pour les « bons prisonniers », furent mis en place pour prévenir de future rébellion. Après 36h le premier étudiant craqua et s’effondra, en larmes.

Il faut souligner que les prisonniers pouvaient demander une audience de libération conditionnelle. Ceux qui l'ont fait ont été informés que leur demande serait examinée, mais qu'en attendant, ils devaient retourner dans leur cellule. Après quelques jours, l'identité et le rôle du milieu carcéral étaient si fortement intégrés que personne n'a eu l'idée de demander à être libéré au motif qu'il ne s'agissait que d'une étude.

Cette étude réaffirme l'importance du contexte et du rôle que l'on nous demande de jouer au sein du collectif. Le hasard a déterminé le rôle que chacun allait jouer dans cette expérience, pourtant après quelques jours, il semblait que chacun l'avait parfaitement intégré. Ce processus de désindividuation et ainsi également appelé : l’effet Lucifer.

Pour aller plus loin :

  • - Zimbardo, P. G., Haney, C., Banks, W. C., & Jaffe, D. (1971). The Stanford prison experiment. Zimbardo, Incorporated.

  • - The Standford Prison Experiment (film)

Le biais acteur-observateur

Malle, 2006

Lorsque quelque chose de négatif nous arrive, c’est la faute des circonstances, mais lorsque quelque chose de négatif arrive à quelqu’un d’autre, on blâme ses choix personnels et ses actions.

Pourquoi ?

Lorsque l’on est acteurs d'une situation, nous ne pouvons pas voir nos propres actions. En revanche, lorsque nous sommes les observateurs, nous pouvons facilement observer les comportements des autres personnes. Pour cette raison, les gens sont plus susceptibles de tenir compte du rôle de la situation lorsqu'ils attribuent leurs propres actions, mais se concentrent sur les caractéristiques internes lorsqu'ils expliquent les comportements des autres (à prendre en compte lors de disputes).

Imaginez que votre classe se prépare à passer un examen important. Vous n'observez pas vos propres comportements d'étude (ou leur absence) avant l'examen, mais vous vous concentrez sur les variables situationnelles qui ont affecté votre performance au test. La salle était chaude et étouffante, votre crayon n'arrêtait pas de se casser et l'élève à côté de vous n'arrêtait pas de faire des bruits gênants pendant toute la durée du test. Lorsque vous recevez vos résultats et que vous réalisez que vous n'avez pas été à la hauteur, vous attribuez votre mauvaise performance à ces distractions externes au lieu de reconnaître vos mauvaises habitudes d'étude avant le test.

L'un de vos amis a également obtenu de mauvais résultats, mais vous vous rendez compte qu'il sèche souvent les cours, ne lit jamais son manuel et ne prend jamais de notes. Maintenant que vous êtes l'observateur, les attributions que vous faites se concentrent sur les caractéristiques internes plutôt que sur les mêmes variables situationnelles qui, selon vous, ont contribué à votre propre mauvais résultat au test.

Les chercheurs ont constaté que les gens ont tendance à succomber à ce préjugé moins fréquemment avec les personnes qu'ils connaissent bien, comme les amis proches et les membres de la famille. Pourquoi ? Parce que nous disposons de plus d'informations sur les besoins, les motivations et les pensées de ces personnes et nous sommes alors plus à même de prendre en compte les forces externes qui influencent le comportement.

Pour aller plus loin : Malle, B. F. (2006). The actor-observer asymmetry in attribution : A (surprising) meta-analysis. Psychological Bulletin, 132(6), 895-919.https://doi.org/10.1037/0033-2909.132.6.895

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