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  • Julien Croisier

Sauvez Renalinges !

Les aventures de Renalinges (2/3)



Nous vous avions laissé·e·s avec la situation urgente de la commune de Renalinges, en périphérie de la ville de Gesanne, qui cherchait par tous les moyens à réduire l’utilisation des véhicules individuels par ses habitant·e·s. Nous vous avions proposé pour tenter de résoudre la situation de mettre au travail les différentes équipes autour d’une approche en 3M (Macro-Meso-Micro) qui a depuis porté ses fruits. Fruits de bon goût, moyen, ou bons pour un jus, ce sera à vous d’en juger en lisant ce qui suit :


Au niveau Macro :

La commune est située sur les hauteurs de la métropole et est parsemée de pentes raides, dans les deux sens. Historiquement, les habitant·e·s pendulent passablement entre leur logement et leur travail, situé en moyenne à 200m d’altitude plus bas. Une grande route cantonale relie Renalinges à Gesanne, en plus de quelques axes plus restreints et moins fréquentés. Un grand projet de tram a été terminé quelques années auparavant, un investissement massif de la part de plusieurs partenaires issus des collectivités publiques, mais aussi des TG, les transports gesannois.



Politiquement, la commune est consciente des mesures à prendre pour l’environnement, mais ne souhaite pas alourdir la charge fiscale pour ses habitant·e·s. De plus, les élections se rapprochent (à 18 mois) et les élu·e·s ne sont donc pas dans une logique de prise de risque extrême. Le niveau économique moyen de la commune se situe dans la moyenne supérieure, avec une certaine mixité de population tout de même.

Un grand plan cantonal de durabilité (le plan Verdure, du nom de sa créatrice, Madame Verdure) a été mis en œuvre récemment et dispose d’un crédit de 300mio à répartir selon les projets entre les communes du canton pour atteindre les objectifs de neutralité carbone de la confédération.


Au niveau Meso

Une analyse du tissu économique et associatif de la commune a indiqué la présence sur place d’une entreprise de livraisons à vélo et de deux magasins de cycles, dont un disposant d’un atelier de réparation participatif. Un club d’automobilistes a également son siège dans un grand garage en bordure de route et organise régulièrement des évènements pour défendre l’usage de la voiture. D’autres associations défendant le développement durable s’affairent principalement à faire le pont entre les productrices et producteurs agricoles de la région et les habitant·e·s de la commune en proposant par exemple des paniers de fruits et légumes.

Une analyse démographique a quant à elle montré une certaine hétérogénéité de la population, rassemblée géographiquement par groupes socio-économiques. On énumère un quartier conséquent de villas (individuelles et mitoyennes) composé de propriétaires mais aussi de locataires expatriés travaillant pour une multinationale de machines à sirop design. Un grand écoquartier a aussi vu le jour deux ans auparavant dans la commune et loge une population relativement variée, travaillant quant à elle principalement en ville de Gesanne. Renalinges est également parsemée de grands immeubles d’habitation répartis dans la commune et habité par des personnes au niveau socio-économique moins favorisé et travaillant également à grande majorité en ville.

Les TG ont aussi été consultés afin de déterminer les taux d’occupation de leurs rames. Il a été estimé un taux d’environ 80%, proche des 90% aux heures de pointe. Un projet d’augmentation des cadences serait aussi à l’étude et probablement mis en œuvre dans le courant de l’année suivante.

L’université de Gesanne a aussi mis à disposition deux expert·e·s en mobilité réalisant actuellement des travaux de recherche sur les modes de transport alternatifs dans les périphéries des grandes villes. Leurs travaux soulignent l’importance de la sécurité dans ces modes de transport, qu’il s’agisse de transports publics ou de mobilité douce. Leurs analyses révèlent également l’importance des facteurs de santé, comme la réduction du bruit, de la pollution, mais aussi de l’activité physique.


Au niveau Micro

Au niveau des comportements, connaissances et intérêts individuels, un cabinet de conseil en durabilité a réalisé deux ans auparavant une analyse détaillée des valeurs environnementales et de l’empreinte carbones des habitant·e·s de la commune, par groupe socio-économique avec les résultats suivants :

Wallenborn & Dozzi (2007)

Comme nous avons (quand même) un peu travaillé dans le cadre de ces analyses préliminaires, nous avons pu recueillir les habitudes et possibilités d’agir des habitant·e·s grâce à des questionnaires et plusieurs rendez-vous de consultation organisés par la commune. Les données ainsi récoltées ont permis de mieux comprendre les habitant·e·s, et sont ressortis les points suivants :

  • La majorité des personnes interrogées disposent d’une voiture, mais seule la moitié d’entre elles l’utilisent quotidiennement ;

  • Les autres utilisent déjà les transports en commun, ou le vélo à assistance électrique.

  • Une très faible proportion de personnes pratique le co-voiturage ou disposent d’un véhicule électrique ;

  • La voiture est bien ancrée chez les personnes en possédant une. Il s’agit d’habitudes, mais aussi de notions de confort, d’effort et de simplification pour se rendre au travail et effectuer les tâches quotidiennes ;

  • L’ensemble des personnes interrogées s’accordent pour dire que les routes sont trop fréquentées et stressantes (même les utilisateur·trice·s de véhicules motorisés) ;

  • Les freins à l’utilisation des transports publics sont leur saturation, le manque d’accessibilité en raison de l’étendue de la commune ou le fait qu’il paraît complexe d’y transporter des marchandises ;

  • Le vélo pose un problème d’effort et de sécurité. Le vélo électrique semblerait être une alternative acceptable, mais reste onéreux et peu sûr pour les personnes interrogées ;

  • De manière générale, la population semble hétérogène dans la perception de la durabilité. Une partie est investie, une autre n’y pense pas, et une dernière en a « ras-le-bol de se faire donner des leçons ».


Carnet de route

Cette phase de compréhension multidisciplinaire a permis de se faire une idée plus précise de la situation dans la commune. Les différentes parties prenantes interrogées et ayant participé ont ainsi pu prendre conscience des possibilités d’action existantes, mais aussi des freins potentiels au changement. L’objectif était bien de comprendre avant d’agir afin d’être aussi efficaces que possible, mais aussi afin d’éviter des effets de résistance conséquents de la part des personnes concernées.

Nous avons donc été mandatés en partenariat avec des urbanistes, l’université de Gesanne et les TG pour proposer des solutions adéquates à ces problématiques. Nous allons bien sûr nous concentrer sur des astuces de psychologues sociaux et donc sur des mécanismes comportementaux en fonction des données récoltées. Et vous ? Que proposeriez-vous pour rendre les déplacements dans la commune plus durable ?


En attendant le prochain épisode de cette saga plus influente que la Guerre des Étoiles, nous nous réjouissons de lire vos réponses et commentaires !


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